This is the hello Monster

Publié par lapige | Classé dans Chanteurs | Publié le 28-02-2010

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This is the hello Monster

This is the hello Monster

Rappeler à ceux qui l’ignorent encore que sous l’appellation This Is Hello Monster !
(appréciable patronyme évoquant à la fois l’humour inquiet de Richard Brautigan et les trouilles bizarres de Maurice Sendak) il y a le zèbre Gérald K. Ce dilettante curieux de tout est passé maître dans l’art de lancer en l’air les points d’interrogation, comme d’autres lancent au loin les nains et les couteaux. Danseur gauche, plasticien et cœur d’artichaut jeté là par on ne sait quel chagrin joyeux, il s’affirme comme un pousseur devant soi de ritournelles exsangues auxquelles il sera inutile de tenter de résister plus longtemps.
Le disque charmant qui nous arrive aujourd’hui est bref comme un coup de foudre, composé de 9 chansons insolentes d’immédiateté. Hautement personnelles, il semblerait pourtant qu’on les connaisse depuis toujours (ou bien ce sont elles qui nous reconnaissent sitôt qu’elles nous atteignent ?)

Composées sur le même clavier tout essoré qui faisait naguère saigner les doigts de Chan Marshall, participant de la même urgence à dire que les baladins dits lo-fi et anti-folk, compliquant tout ça de l’emphase tricotée-main du Morissey historique via le romantisme adulescent d’un Robert Smith plus mésange que corbeau, ce sont des chansons à porter en écharpe. Intelligentes en diable, elles n’en aiguisent pas moins le bulbe.
Le minimalisme émotionnel de This Is Hello Monster ! s’avère tout à fait scintillant ( Birds éclairé par les lucioles et traversé par un pont roulant), hypnotisant (Heavy chant d’outre sommeil, mélopée liquide, abstraite et déchirante comme du Brian Eno), tapageur ( Science, mini-tube en puissance, grésillant et ballotté).
Ses pop-songs furtives sont, en outre, de très aimables petits objets paradoxaux, tout à fait lisibles bien que subtilement retors, accouchés d’instinct mais remontés comme de petites bombes théoriques à retardement (on pourrait dès lors penser aux Magnetic Fields)

Ourlées dans une voix de ténor mouillée tour à tour nonchalante, blessée, amusée ou pleureuse ; elles charment l’oreille même la plus inattentive. Percluses en seconde main d’agrafes synthétiques (claviers pourris, jouets, bidules inidentifiables) agissant comme autant de peaux de banane et de commentaires pudiques, les chansons de This His Hello Monster ! amusent presque autant qu’elles émeuvent. C’est hérissé aussi d’harmonies vocales étagées par une chorale de clones programmés de traviole. Cordes mesurées, guitares renfrognées et trompette , agencées avec une science rigoureuse du suspens et de l’événement impromptu achèvent de faire des petites humeurs tristes et rieuses de Gérald K autant de miniatures vibrionnantes, boussoles portatives indiquant le satané graal pop vers lequel ça pédale, ça pédale, en tricycle foufou et pour la joie des gerbes d’étincelles.

A cet égard, on saluera la production aérée puis cuite à point du décidément habile Olivier Marguerit, déjà remarqué chez les Chicros ou aux côtés de Syd Matters, amiral pertinent des galions pop en bouteilles, sachant mener la main légère les navires les plus chargés et avec lequel il semblerait que la pop enfin désinhibée d’ici devrait à l’avenir apprendre à compter toujours plus loin.

Ces chansons, nous les connaissions sitôt sorties du boudoir, malmenées au gré de concepts plus ou moins sérieux (de performances dubitatives en concerts lo-fi étonnés d’eux-mêmes : on les à par exemple entendues servir de bande originale à un film de science-fiction spéculatif monté comme un spectacle de cabaret auto réflexif et parodique. Sans béquille, au premier degré, leur éclat vrai en jette.
Gérald K. est un tireur de perspectives hyperactif.Il fourmille de projets (un opéra miniaturepour chœur, piano et voix lead en collaboration avec Fryda Hyvonen, une pièce radiophonique dédiée aux sciences, une installation chantée destinée aux musées…) qui mettent comme dirait l’autre « l’eau courante au fond de la bouche. Rien de tel pour patienter que de se laisser prendre le cœur au beau petit disque de This His Hello Monster !

http://www.myspace.com/tithm

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